Lever avec les réseaux sociaux pour Kévin et Karen : temps d’écran.
Dans les transports en commun : temps d’écran.
Matinée en secondaire 3 pour Kévin avec son portable sur la cuisse et sa montre connectée au poignet : temps d’écran.
Matinée au cégep ou à l’université pour Karen : temps d’écran.
Diner sur la messagerie électronique et sur Internet et en écoutant un balado : temps d’écran.
Après-midi en secondaire 3 pour Kévin avec son portable sur la cuisse et sa montre connectée : temps d’écran.
Caissière l’après-midi pour Karen : temps d’écran.
Retour en transports en commun : temps d’écran.
À la maison ou à la bibliothèque, devoirs avec Internet et ChatGPT : temps d’écran.
À la maison devant Netflix ou Amazon Prime avant de souper pour Karen : temps d’écran.
À la maison, échanges de messages, ChatGPT, Fortnite et autres jeux avant le souper pour Kévin : temps d’écran.
Après le souper, Netflix avec en plus du grand écran, le téléphone portable en mains pour Kévin et Karen : temps d’écran.
Coucher avec les réseaux sociaux et la série préférée (et un peu de Fortnite, nous dit Kévin) : temps d’écran.
Endormissement vers 2 h du matin, mais réveil nocturne à cause des notifications : temps d’écran.
Lever avec les réseaux sociaux : temps d’écran…
Ça fait rêver, non? Une vie de rêve pour certains. Science-fiction ou réalité?
Kévin et Karen semblent vivre sous hypnose. Est-ce leur choix? Après tout, l’être humain reste libre d’assumer ses choix. D’ailleurs, ils nous quittent. Ils vont sur YouTube pour rejoindre le fameux balado suivi d’une séance d’ASMR pour l’un et d’hypnose pour l’autre.
Kévin et Karen viennent séparément en entrevue pour passer des tests. Leur téléphone portable est posé sur la cuisse pendant l’entrevue. Il y a un problème : en cours l’un et l’autre s’endorment ou ont des difficultés d’attention et de concentration. Kévin et Karen doivent être TDA, peut-être TDAH. Ou alors, c’est un problème d’orientation. Ils ne sont pas au bon endroit; se montrent désintéressés, non motivés, sont en retard et s’absentent souvent. Kévin ne doit pas être fait pour l’école. Ou alors il faut aménager son emploi du temps…
Vraiment? Je suis étonné. Vous aussi, n’est-ce pas?
Sa famille demande un diagnostic. Les yeux de Kévin et ceux de Karen expriment de la perplexité ou de la détresse. Je propose un simple éclairage. Le diagnostic ne peut être que médical.
Voyons ensemble son hygiène de vie et son hygiène numérique.
Combien de temps dormez-vous par nuit ?
De combien d’heures de sommeil avez-vous besoin par nuit?
– Combien de temps par jour passez-vous sur votre téléphone?
– 2 ou 3 heures, peut-être 4.
– Regardons ensemble s’il vous plaît.
– … !
– Vous faites une grimace. Que se passe-t-il ? Vous semblez surpris et même choqués.
– 15 h. Attendez je vais regarder les jours d’avant… 14 h, 15 h, 16 h, 14 h 52, le plus bas 13 h 51.
CHOC chez Kévin et Karen face au nombre d’heures affichées sur leur téléphone.
À quoi ces écrans font-ils écran?
Qui sont-ils derrière ces écrans?
– Connaissez-vous les conséquences de ce temps passé devant des écrans?
– Non.
– Que diriez-vous de vous informer des conséquences sur votre cerveau d’une telle durée et peut-être d’en parler dans le cadre d’une consultation spécialisée avant de revenir faire le point?
Nous sommes passés du grand écran au petit écran, puis du petit écran au tout petit écran. Les petits écrans actuels représentent une formidable ouverture sur le monde, une voie d’accès extraordinaire à diverses informations et une source inépuisable de divertissement.
Il est parfois utile de se rappeler que ce sont des outils. C’est donc à nous de les utiliser en tant qu’outils. Il est peut-être nécessaire d’apprendre à ne pas laisser un outil nous utiliser.
Tant d’écrans pour si peu de questions d’orientation. Mais peut-être pour finir, une petite question d’orientation quand même, toute petite. Allez, deux questions, mais alors vraiment petites, petites, petites, petites : comment reprendre le contrôle de son temps et que faire de notre temps si précieux de vie, de vie humaine, humaine, humaine, humaine… ?
* Dans le but d’alléger le texte et d’en faciliter la lecture, le générique masculin est utilisé comme genre neutre.

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